Notre perchiste international Jérome Clavier s’est prêté au jeu des questions/réponses avec Nicolas, un sympathique moment qui a duré près de deux heures. Carrière, objectif, athlétisme français et perche mondial, voici les sujets abordés dans cette interview proposée en 2 parties sur le site du club.
Nico : Jérome, restons donc à Berlin pour nous tourner vers ce qui s’est passé aux Mondiaux d’athlétisme cet été ; toi comme moi avions suivi les Mondiaux à la télé et sur le net (je me souviens que tu me faisais suivre la marche de Hervé un matin alors que j’étais au boulot !), et à cette occasion nous avions brièvement débattu des athlètes français, car j’avais parlé d’un manque d’humilité des athlètes français ; je parlais en général bien sur...
Jérome : Je sais bien que tu parlais en général...
Nico : oui oui ; je me souviens qu’une de mes athlètes avaient dit "ça fait 10 ans qu’ils sont sur le point de remporter un titre,
mais c’est jamais le bon jour" en parlant des athlètes français ; et j’avais répondu "c’est typiquement une phrase qui s’appliquent aux athlètes français", ce qui t’avait fait
réagir...
A cela s’ajoutaient les propos de Lamine Diack, qui affirmait en gros que les athlètes français n’avaient pas le mental pour réussir (il parlait de Medhi Baala, une nouvelle fois pas sur le
podium...)
Penses tu qu’en France on est trop prompt à critiquer nos athlètes de haut niveau ? tant journalistes, qu’athlètes, entraîneurs, passionnés d’athlé...
Jérome : Le problème est que l’on croit que la France est une grande nation de l’athlétisme. L’équipe de France est complète mais n’a pas
forcément de super élite qui permet d’assurer des médailles à chaque fois. Et ca les journalistes et les amateurs de l’athlé ne le comprennent pas forcément. Il est vrai que certains ont peut
être des défaillances mais ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est vrai que l’on a pas gagné de médaille d’or cet été. Mais regardez qui est devant. A la perche c’est le deuxième meilleur
performeur de tous les temps. Au 3000m steeple ceux sont des Kenyans. L’athlétisme ce n’est pas l’escrime ou le cyclisme sur piste. Il y a une universalité qui fait que gagner une médaille est
déjà un exploit.
Après on va me dire pourquoi la Jamaïque ou le Kenya gagne autant de médailles par rapport à nous. C’est simple. Là bas l’athlétisme est le sport roi. Ils ne font quasiment que ca. En France il y
a tellement de choix qu’il y a de la perte. Je pense donc que cette équipe de France mérite certaines critiques mais il ne faut pas abuser.
Nico : Bien sur qu’il ne faut pas en abuser... mais des fois j’ai le sentiment que les athlètes français se cherchent constamment des excuses ; attention je ne me permet pas de critiquer (je n’ai moi-même jamais participé à des Mondiaux, ou entraîner de finaliste olympique, bien que pour ce point là je ne désespère pas...), mais ils nous annoncent 2 jours avant qu’ils sont dans la forme de leur vie, qu’ils vont faire un podium, et ensuite il y a toujours une excuse pour justifier l’échec...
Jérome : Il est vrai que parfois c’est énervant. Mais après il est très difficile d’annoncer avant un grand championnat que l’on a une petite
blessure. Alors certains annoncent après leur épreuve. C’est vrai que ce n’est pas très classe. L’année dernière j’ai sauté aux jeux avec une pubalgie. Personne n’en a jamais rien su.
Je crois qu’il s agit aussi de maladresse. En athlétisme, à l’exception d’une petite poignée d’athlètes, nous sommes pas habitué et pas prêt à parler devant une caméra. Mais je ne pense pas que
ce soit un problème typiquement français. Pourquoi les étrangers ne disent pas : j’ai loupé mon championnat parce que j’étais blessé ? Mais est ce qu’un journaliste a interviewé un
athlète étranger qui s’est loupé ( exception faite d’isinbayeva). NoN. Je pense donc que les athletes francais ont des progrçs à faire dans leur communication et qu’il reste tout de meme les
personnes les plus décues lors d’un echec.
Nico : bien entendu vous êtes les plus déçus après un échec.... je pense également qu’il y a une ignorance des gens quant à la quantité
de travail pour arriver à ce niveau là ...
Par exemple pour préparer cette super saison 2008, tu peux nous dire un mot sur ta charge d’entraînement, ton investissement, les sacrifices que tu as du faire ?
Jérome : Pour préparer la saison 2008 je vais déjà dire que je n’ai pas eu de vacances. J’ai fini mon Championnat en 2007 le lendemain de la pré-rentrée scolaire. Donc ça s’est un sacrifice pour moi et pour ma compagne. Ma charge d’entrainement est de l’ordre 20 heures d’entrainement par semaine durant les périodes de foncier. L’investissement est et doit être total pour moi et pour mon entourage. Ce qui n’est pas toujours facile...
Nico : J’imagine en effet... mais au bout c’est tout de même des moments de bonheur, et tu ne regrettes pas ton investissement ?
Jérome : Bien sur que non, je ne regrette rien. C’est quand même une belle vie. On voyage (même si on a pas trop le temps de visiter), on rencontre des gens intéressants, ça me permet de gagner ma vie. Le jeu en vaut la chandelle. Et surtout je pratique à longueur d’année, dans des conditions agréables, le sport qui m’a toujours plu.
Nico : Super, je souhaite que ça dur le plus longtemps possible, surtout après avoir appris que les Jeux Olympiques 2016 avaient lieu à Rio !!
Jérome : Oui, c’est clair ! j’espère que mon corps me permettra d’aller jusqu’à Rio
Nico : Pour revenir aux athlètes français, j’ai le sentiment qu’il manque un leader dans cette équipe de France.... un athlète qui a gagné plusieurs titres dans les grands championnats, quelqu’un qui figure toujours parmi les favoris de son épreuve, qui peut jouer la gagne dans les meetings de la Golden League... qu’en penses tu ?
Jérome : Je pense que les perchistes peuvent être ces leaders. Mais pour cela il faut continuer à ramener régulièrement des médailles. Après il y a des leaders dans cet équipe , pas forcément en terme de résultats mais plutôt dans l’âme de l’équipe. Des mecs comme Ladji, Leslie et même Bob sont de réels leaders dans cette équipe.
Nico : Ce sont en effet des athlètes d’expérience, et qui ont déjà connus des médailles mondiales...
On a en effet l’impression qu’après les 6m01 de Renaud Lavillenie, les 2 médailles de Berlin, tes performances de 2008, vous pouvez être ces leaders... malheureusement pour l’un d’entre vous, et
bien heureusement pour le sport français, vous êtes 4 pour 3 places !
Toi, Renaud, Romain Mesnil et Damiel Dossevi, 5ème des Mondiaux de Berlin, qui a enfin égalé son record de 5m75 ; une telle émulation ne peut que vous profiter à tous ?
Jérome : Oui c’est sur. Maintenant on sait que 5m70 ne devrait plus suffire pour faire un grand championnat. Forcément ca va nous obliger à sauter haut et régulièrement. En plus cela va forcement faire de beaux Championnats de France. Mais le plus important est qu’il règne une super ambiance entre nous 4. On se retrouve la semaine prochaine en stage à Lorient et je sais qu’on va passer un bon moment. Je pense que l’émulation plus la bonne ambiance devrait nous permettre de nous améliorer. Je crois qu’à tous les niveaux (clubs, département, région, championnats de France.....) l’émulation et surtout la bonne humeur sont les clés de la réussite. Il y en a d’autres mais elles sont essentielles.
Nico : Romain et Damiel s’entraînent ensemble à Bordeaux, Renaud est seul à Clermont, tu es seul à l’INSEP ; tu aurais aimé t’entraîner au quotidien avec un d’entre eux ? ou les stages et les compétitions suffisent ?
Jérome : Je m’entraine seul c’est vrai mais j’ai des camarades qui me poussent dans tous les entrainements. Chacun a son domaine et permet de tirer les autres. C’est vrai que c’est bien d’avoir quelqu’un de son niveau au quotidien mais ca peut être un piège. Je pense que c’est intéressant pour des personnes qui ont tendance à se laisser vivre à l’entrainement. Pour moi qui ne lâche rien ca pourrait être dangereux. Les stages me suffisent amplement.
Nico : Comment expliques-tu la réussite de la perche française par rapport à d’autres disciplines de l’athlé qui peinent à sortir des athlètes de haut-niveau (et en tant qu’entraîneur de hauteur, je pense notamment à cette discipline...) ?
Jérome : Je ne saurai l’expliquer. Nous avons toujours eu une perche française très forte. Mais je crois que c’est du à une bonne qualité d’entraineur, un état d’esprit différent et aussi à une qualité d’installation qu’il n’y a pas partout.
Nico : Une qualité d’installation qu’il n’y peut-être pas partout ailleurs dans le monde, mais je ne pense pas qu’en France la perche soit favorisée par rapport à d’autres disciplines au niveau des installations... l’état d’esprit ? en quoi diffère-t-il des autres disciplines ?
Jérome : Comme je te l’ai dit , il a une trop bonne ambiance au sein de la famille perche. On ne se prend pas la tête pour des détails. Nous sommes la pour nous amuser et ca je pense que beaucoup l’ont oublié. Et puis nous restons longtemps ensemble sur le stade donc cela permet de créer des relations un peu comme au décathlon. Et puis l’ensemble de la perche française cherche à se retrouver comme le démontre la réussite du Perche Elite Tour. Je pense que le meeting Festi’Vol (de Veigné, organisé par l’A3T) a montré cela cet hiver.
Nico : En effet, tout le monde se souvient du succès populaire du Festivol...
Pour conclure, toi qui a vécu une finale olympique, qui a engrangé les titres de champions de France depuis les jeunes, qui figure parmi les meilleurs mondiaux de ta discipline, quels conseils
donnerais-tu à certains de nos jeunes athlètes qui ont l’opportunité de pouvoir tutoyer le haut-niveau ?
Jérome : L’essentiel s’est de garder du plaisir. Il faut venir au stade avec le sourire sinon ca ne sert à rien. L’athlétisme est une passion quelque soit le niveau. Sinon il faut croire en soi. Je ne pensais pas être fait pour devenir un bon perchiste mais j’ai quand même cru en moi, j’ai tout donné et j’ai pour le moment une belle carrière. Donc en quelques mots : tout donner pour ne rien regretter et se faire plaisir.
Nico : c’est noté...
Je me souviens d’un championnat de France Elite en salle où tu avais gagné le titre en même temps que Hervé (sur 5km marche) ; en 2008 tu étais aux JO avec Amélie, cette année, c’est Hervé
qui est allé aux Mondiaux, puis Amélie et Hervé ont ramené des médailles des Jeux de la Francophonie ; 2010, ça sera enfin l’année où on vous verra tous les 3 ensemble en équipe de
France ??
Jérome : Je l’’espère ! Ca serait vraiment sympa de se retrouver tous les 3. On aurait pu se retrouver aux Jeux de la francophonie. Mais je suis persuadé que l’été prochain sera le bon.
Nico : Je le souhaite vivement, ça serait extraordinaire pour le club, et je doute que beaucoup de club ait 3 athlètes en même temps à un
grand championnat !
Quand te revoit-on sur Tours Jérome ?
Jérome : Je rentre de temps en temps mais c’est souvent en coup de vent. Mais de toute façon je donne rendez vous dans le pire des cas aux interclubs, et certainement à l’AG du club !
Nico : OK Jérome ! merci beaucoup pour cette interview, et sache que c’est fréquent que des jeunes ou des parents d’athlètes demande de tes nouvelles à Grandmont ; tu disposes sur Tours d’une base solide de fans !!
Jérome : Je ferai en sorte qu’ils le restent ! merci à toi, et à bientôt !
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